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Genou1 octobre 2026·7 min de lecture

Courir avec une douleur au genou : jusqu'où aller ?

Par Augustin Castel, kinésithérapeute du sport

L'essentiel

  • Un genou de coureur douloureux n'est pas « usé » : il est le plus souvent surchargé par rapport à ce qu'il tolère aujourd'hui.
  • On ne s'arrête pas par peur, on ne force pas non plus : on réduit la dose (distance, vitesse, pente, fréquence), on renforce, puis on remonte par paliers.
  • Votre repère : une gêne légère qui ne s'aggrave pas pendant la sortie et qui est revenue à son niveau habituel le lendemain.
  • Consultez rapidement en cas de blocage, de gonflement important, de genou qui lâche ou de douleur nocturne.

Votre genou se manifeste à partir du troisième kilomètre, ou dans la descente, ou le lendemain d'une longue sortie. Vous vous demandez s'il faut tout arrêter, ou s'il vaut mieux serrer les dents « pour que ça passe ».

La réponse courte : ni l'un ni l'autre. Dans la plupart des cas, on ne coupe pas la course pour de bon et on ne court pas malgré la douleur : on dose. On réduit ce qui irrite le genou le temps qu'il se calme, on le renforce, puis on remonte par paliers. Un genou qui fait mal n'est pas un genou « usé » : c'est un genou qui reçoit, à ce moment-là, plus que ce qu'il tolère.

Pourquoi mon genou fait-il mal quand je cours ?

Imaginez que chaque genou possède un plafond de tolérance : une certaine quantité d'effort qu'il encaisse sans protester. Tant que vos sorties restent sous ce plafond, tout va bien. Quand elles le dépassent (reprise trop rapide, nouveau parcours vallonné, plan d'entraînement qui monte vite, changement de chaussures), la douleur apparaît. Elle ne prouve pas qu'une structure est abîmée : elle dit que la dose du moment est trop haute.

Chez le coureur, trois zones reviennent souvent :

  • Autour ou derrière la rotule : c'est la douleur fémoro-patellaire (ou « douleur antérieure du genou »). Elle se réveille aussi à l'escalier, en position accroupie ou après être resté assis longtemps.
  • Sur le côté externe du genou : le syndrome de la bandelette ilio-tibiale, souvent décrit comme une douleur qui s'installe après un certain temps de course et qui oblige à ralentir.
  • Sous la rotule : le tendon rotulien, plutôt lié aux courses avec beaucoup de relances, de sauts ou de côtes. Voyez la page sur la tendinopathie.

Le nom exact compte moins que la démarche : trouver ce qui surcharge, adapter, renforcer.

Comment doser : mes repères concrets

Quatre « boutons » permettent de baisser la charge sans tout arrêter : la distance, la vitesse, la pente (côtes et descentes) et la fréquence des sorties. On commence par celui qui irrite le plus. Pour beaucoup de coureurs, ce sont les descentes et les sorties longues ; pour d'autres, les séances rapides.

Voici les repères que j'utilise en pratique (ce sont des repères cliniques, pas des seuils chiffrés issus d'études) :

  1. Pendant la sortie : une gêne légère, qui ne s'aggrave pas et qui ne vous fait pas modifier votre foulée, est tolérable. Si la douleur monte, si elle vous fait boiter ou changer votre façon de courir, on s'arrête ou on passe à la marche : la dose est trop haute pour aujourd'hui.
  2. Le soir et le lendemain matin : le genou doit être revenu à son niveau habituel. Une douleur plus forte, une raideur qui dure ou un genou qui gonfle sont le signe que la sortie était trop chargée.
  3. Quand lever le pied : si la gêne revient plus tôt à chaque sortie, ou si elle dure plus de 24 heures, on redescend d'un cran (moins long, moins vite, plus plat) avant de réessayer.
  4. Quand remonter : après plusieurs sorties de suite sans réaction le lendemain, on augmente un seul paramètre à la fois, d'un petit pas.

Courir moins longtemps et sur du plat, en alternant course et marche, suffit parfois à faire retomber la douleur : ce n'est pas un recul, c'est ce qui permet de reprendre mieux.

Que faire à la place, le temps que ça se calme ?

Réduire la course ne veut pas dire rester immobile. Un genou qui n'est plus sollicité du tout perd de sa capacité, et le plafond baisse. Selon ce qui est toléré, vous pouvez garder :

  • le vélo ou le vélo elliptique, si ces gestes ne réveillent pas la douleur ;
  • la marche, y compris en côte douce ;
  • la natation ou l'aquajogging ;
  • surtout, le renforcement, qui est le cœur de la prise en charge.

Le bon choix est celui qui ne provoque pas plus qu'une gêne légère et qui est revenu à la normale le lendemain, selon le même repère que pour la course.

Quel renforcement pour un genou de coureur ?

Les recommandations néerlandaises pour la douleur antérieure du genou placent l'exercice en premier choix, et ne proposent d'autres mesures que s'il n'apporte pas de changement net après environ six semaines pour la douleur fémoro-patellaire, douze semaines pour le tendon rotulien. Les auteurs précisent toutefois que la qualité des preuves est faible : la recommandation s'appuie aussi sur l'avis d'experts.

Concrètement, on travaille trois groupes de muscles :

  • les quadriceps (devant la cuisse) : squats partiels, montées de marche, presse ou extensions selon la tolérance ;
  • les fessiers, en particulier le moyen fessier (sur le côté de la hanche) : pas latéraux avec élastique, pont fessier, appuis sur une jambe ;
  • les mollets : montées sur la pointe des pieds, d'abord à deux jambes puis à une.

Chez les coureurs qui ont mal à l'avant du genou, une revue indique que le renforcement des muscles de la hanche et le travail de la façon de courir améliorent la douleur et la fonction, avec des preuves limitées. Pour la bandelette ilio-tibiale, les études sont de taille modeste, mais le renforcement des muscles de l'extérieur de la hanche en est l'élément le plus constant. On commence léger, on augmente la charge quand le genou répond, et on rapproche progressivement les exercices du geste de course.

Courir abîme-t-il les genoux ? Ce que dit la recherche sur l'arthrose

On vous a peut-être dit que courir « use » les genoux. Les données ne vont pas dans ce sens. Dans une grande revue regroupant plus de 100 000 personnes, les coureurs de loisir avaient moins d'arthrose de la hanche et du genou que les personnes sédentaires, alors que les coureurs de compétition en avaient davantage. Les auteurs soulignent que ces données ne prouvent pas une cause directe : les anciennes blessures jouent beaucoup. D'autres revues concluent à une absence de lien clair, et rappellent que la qualité des études est inégale, notamment sur la distance hebdomadaire.

Côté cartilage, les images faites avant et après une course montrent surtout des changements qui ne durent pas : le cartilage récupère après l'effort ; ce sont surtout les muscles qui s'adaptent à l'entraînement. Si vous avez déjà une arthrose du genou, la question n'est pas « courir ou non » en général, mais « quelle dose et quelle progression pour mon genou ». Les recommandations sur l'arthrose placent l'exercice en traitement de base. Cela se discute au cas par cas dans un bilan.

Chaussures, semelles, strapping : qu'en penser ?

Soyons honnêtes : le niveau de preuve est faible. Pour la douleur autour de la rotule, un consensus international décrit le strapping, l'orthèse de genou et les semelles comme des options à court terme, à essayer si vous en ressentez un bénéfice, en complément de l'exercice et jamais à sa place. Pour les chaussures, il n'existe pas de modèle qui protège les genoux de tout le monde : choisissez celle qui vous est confortable, et évitez de changer de modèle, de rythme et de volume en même temps. On teste, on garde ce qui aide, on lâche ce qui n'apporte rien.

Ce que je fais au cabinet

Je commence par un bilan : votre histoire de coureur (volume, rythme, terrain, ce qui a changé juste avant), la localisation exacte de la douleur, la force de vos cuisses, fessiers et mollets, et ce qui reproduit la douleur. Ensuite, nous construisons ensemble un plan de charge : ce que vous gardez, ce que vous réduisez, comment remonter. Le renforcement est progressif, et je vous donne des repères clairs pour savoir quand avancer et quand lever le pied. La thérapie manuelle peut soulager en complément, jamais seule. Si vous préférez, je peux vous suivre en téléconsultation entre deux séances. Pour la suite, voyez la page douleur de genou et ce qui se passe lors de la première séance.

Quand consulter rapidement

Ne continuez pas à courir et consultez rapidement si vous constatez :

  • un blocage vrai (impossible d'étendre complètement le genou) ;
  • un gonflement important, surtout s'il est chaud et rouge, avec de la fièvre ;
  • un genou qui lâche ou une sensation d'instabilité, notamment après un faux mouvement ou un choc ;
  • une douleur nocturne inexpliquée, qui ne se calme pas en changeant de position ;
  • une impossibilité de poser le pied par terre après une chute, ou un mollet gonflé, chaud et douloureux.

Questions fréquentes

Puis-je continuer à courir avec une douleur au genou ?

Souvent oui, mais à une dose adaptée. Le repère pratique : une gêne légère qui ne s'aggrave pas pendant la sortie et qui est revenue à son niveau habituel le lendemain. Si la douleur augmente, fait boiter ou fait gonfler le genou, la dose est trop haute : on raccourcit, on ralentit ou on passe à la marche. Cela dépend du diagnostic, d'où l'intérêt d'un bilan.

Combien de temps faut-il arrêter de courir ?

Il n'y a pas de durée standard, et je ne peux pas en promettre une. Dans la plupart des cas, on ne coupe pas tout : on réduit d'abord distance, vitesse, pente ou fréquence, tout en renforçant. Les recommandations néerlandaises conseillent de réévaluer après environ six semaines d'exercices pour la douleur fémoro-patellaire, et douze pour le tendon rotulien.

Dois-je faire une IRM de mon genou de coureur ?

Pas systématiquement. La plupart des douleurs de genou du coureur se prennent en charge sans image, et une IRM trouve aussi des anomalies sur des genoux qui ne font pas mal. Elle devient utile en cas de blocage vrai, d'instabilité après un traumatisme, de gonflement important ou de tableau inhabituel. C'est votre médecin qui décide, avec mon bilan comme appui.

Les semelles ou le strapping règlent-ils le problème ?

Rarement à eux seuls. Pour la douleur autour de la rotule, ces aides sont des options à court terme, à tester si vous en ressentez un bénéfice, en complément du renforcement. La preuve est faible et la réponse varie d'une personne à l'autre. Nous essayons, nous observons l'effet sur vos sorties, et nous gardons uniquement ce qui aide.

Si j'ai de l'arthrose du genou, dois-je arrêter de courir ?

Pas automatiquement. Les études n'établissent pas que la course de loisir provoque l'arthrose, mais elles ne disent pas non plus ce qui convient à chaque genou déjà atteint. Les recommandations placent l'exercice en traitement de base. On décide au cas par cas : dose, terrain, progression et réaction du lendemain guident le choix, avec votre médecin si besoin.

Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis médical personnalisé.

Un premier bilan pour y voir clair

Si cet article parle de votre situation, nous pouvons faire le point ensemble. Douleur de genou : comprendre le diagnostic et reprendre confiance.

Augustin Castel, kinésithérapeute du sport

Augustin Castel

Kinésithérapeute du sport à Woluwe-Saint-Lambert (Bruxelles). Je m'appuie sur les preuves scientifiques pour vous aider à comprendre et à reprendre vos activités. En savoir plus

SourcesRéférences scientifiques (8)
  1. Ophey M, Koëter S, van Ooijen L, et al. Dutch multidisciplinary guideline on anterior knee pain: patellofemoral pain and patellar tendinopathy. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc. 2025;33(2):457-469. PubMed
  2. Crossley KM, van Middelkoop M, Callaghan MJ, et al. 2016 Patellofemoral pain consensus statement from the 4th International Patellofemoral Pain Research Retreat, Manchester. Part 2: recommended physical interventions (exercise, taping, bracing, foot orthoses and combined interventions). Br J Sports Med. 2016;50(14):844-852. PubMed
  3. Neal BS, Barton CJ, Gallie R, et al. Runners with patellofemoral pain have altered biomechanics which targeted interventions can modify: a systematic review and meta-analysis. Gait Posture. 2016;45:69-82. PubMed
  4. Sanchez-Alvarado A, Bokil C, Cassel M, Engel T. Effects of conservative treatment strategies for iliotibial band syndrome on pain and function in runners: a systematic review. Front Sports Act Living. 2024;6:1386456. PubMed
  5. Alentorn-Geli E, Samuelsson K, Musahl V, et al. The association of recreational and competitive running with hip and knee osteoarthritis: a systematic review and meta-analysis. J Orthop Sports Phys Ther. 2017;47(6):373-390. PubMed
  6. Burfield M, Sayers M, Buhmann R. The association between running volume and knee osteoarthritis prevalence: a systematic review and meta-analysis. Phys Ther Sport. 2023;61:1-10. PubMed
  7. Khan MCM, O'Donovan J, Charlton JM, et al. The influence of running on lower limb cartilage: a systematic review and meta-analysis. Sports Med. 2022;52(1):55-74. PubMed
  8. Kolasinski SL, Neogi T, Hochberg MC, et al. 2019 American College of Rheumatology/Arthritis Foundation guideline for the management of osteoarthritis of the hand, hip, and knee. Arthritis Rheumatol. 2020;72(2):220-233. PubMed

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