Mal de dos = hernie discale ? Non, et voici pourquoi
Mythe ou réalité ?
Un disque qui bombe sur l'IRM est très courant chez des gens sans douleur. Alors, que vaut cette image ?
Lire l'article →Par Augustin Castel, kinésithérapeute du sport
L'essentiel
Vous vous êtes penché pour lacer une chaussure, ou vous vous êtes simplement levé du canapé, et votre bas du dos s'est bloqué. Vous n'arrivez plus à vous redresser, chaque mouvement fait peur. C'est un lumbago, et c'est une expérience très impressionnante.
La réponse courte : dans la plupart des cas, un lumbago est bénin, même s'il fait très mal. Les premiers jours, évitez le repos prolongé comme les efforts forcés : réduisez ce qui aggrave la douleur, gardez les mouvements que vous tolérez (surtout la marche), et reprenez par petits paliers. Les signes d'alerte, listés plus bas, imposent en revanche de consulter rapidement.
« Lumbago » est le mot courant pour une douleur lombaire aiguë, souvent brutale. Pour le médecin, c'est une lombalgie aiguë. Dans la très grande majorité des cas, on ne peut pas pointer une structure précise responsable : on parle de lombalgie « non spécifique ». Cela ne signifie pas que le diagnostic est raté. Cela veut dire que votre dos, une région conçue pour supporter beaucoup de charges, est devenu très sensible, souvent après un geste banal ou un effort inhabituel.
Vous n'avez pas un dos « cassé » ni « usé ». Il est, le plus souvent, surchargé à un moment donné. Et la douleur, même très forte, ne mesure pas l'importance d'un dégât. Pour en savoir plus sur le mal de dos en général, voyez la page lombalgie et douleurs du dos.
Imaginez la porte d'un immeuble qui se verrouille par précaution dès qu'elle détecte quelque chose d'anormal. Le verrou est solide, mais il se ferme parfois bien plus fort que nécessaire. C'est un peu ce que fait votre dos : les muscles autour de la colonne se contractent pour vous protéger, et vous ressentez cette protection comme un blocage et une douleur vive.
C'est désagréable, mais ce verrou est temporaire. Il se desserre peu à peu quand le dos retrouve confiance, ce qui passe par un peu de mouvement, pas par l'immobilité.
On vous a peut-être dit de rester allongé jusqu'à ce que ça passe. Les données ne vont pas dans ce sens. Dans une revue Cochrane sur la lombalgie aiguë, le conseil de rester actif donnait de petits bénéfices sur la douleur et la fonction par rapport au conseil de rester au lit. Pour la sciatique, les deux approches ne différaient guère, mais le repos ne faisait pas mieux.
Cela ne veut pas dire « bougez quoi qu'il arrive ». Ménager son dos quelques heures ou un jour, quand la douleur est vive, est tout à fait compréhensible. Le principe est de doser :
Il ne s'agit donc ni d'immobiliser le dos, ni de forcer à travers une douleur qui monte. Il s'agit de le remettre en mouvement à sa mesure.
Position. Il n'existe pas de position idéale. Celle qui vous soulage aujourd'hui (allongé sur le côté avec un coussin entre les genoux, ou sur le dos jambes fléchies) est la bonne. Évitez simplement de rester des heures sans bouger, quelle que soit la position.
Marche. C'est un excellent point de départ. Quelques minutes, plusieurs fois par jour, à une allure confortable, puis un peu plus longtemps d'un jour à l'autre si la douleur le permet.
Chaleur. Les recommandations américaines de l'American College of Physicians citent la chaleur superficielle (bouillotte, patch chauffant) parmi les options non médicamenteuses pour la lombalgie aiguë, avec un niveau de preuve modéré. Elle apaise, sans guérir. Protégez la peau pour éviter les brûlures.
Médicaments. Les mêmes recommandations indiquent que, si l'on souhaite un médicament, les anti-inflammatoires ou les myorelaxants sont les options étudiées. Mais ce choix dépend de vos antécédents, de vos autres traitements et de votre santé. Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien, qui vous diront quoi prendre et en quelle quantité. Je ne donne pas de conseil de dosage.
Dans la plupart des cas, non, surtout au début. Une revue de 2015 (Brinjikji et al.) a regroupé des personnes sans aucun mal de dos : une dégénérescence de disque apparaissait chez 37 % des personnes de 20 ans et chez 96 % de celles de 80 ans. Ces images font en grande partie partie du vieillissement normal, comme des rides ou des cheveux gris, et ne prédisent pas bien la douleur.
Une image peut donc inquiéter pour rien. Les recommandations internationales demandent un usage prudent de l'imagerie. Elle devient utile en présence de signes d'alerte, d'une douleur qui ne s'améliore pas comme prévu, ou si une chirurgie ou une infiltration est envisagée. C'est votre médecin qui en décide.
Soyons honnêtes. Beaucoup d'épisodes s'améliorent nettement les premières semaines. Mais une revue de cohortes suivies en soins primaires (Itz et al.) rappelle que l'idée d'une guérison spontanée chez la grande majorité des patients n'est pas justifiée : une proportion importante de personnes déclarent encore un peu de douleur un an plus tard, et les récidives sont fréquentes. Ce n'est pas une raison de s'inquiéter, mais une raison de ne pas s'arrêter dès que la crise est passée.
Ce qui aide à limiter les récidives : l'exercice, seul ou associé à de l'éducation. Selon une méta-analyse de 2016 (Steffens et al.), c'est la stratégie de prévention qui a montré un effet. Voilà pourquoi je ne considère pas qu'un lumbago est « fini » quand la douleur s'éteint.
Quand la crise se calme, on réintroduit du mouvement de façon progressive :
Pour le travail, une reprise partielle ou aménagée est souvent possible avant que la douleur ait disparu, à discuter avec votre médecin. Pour le sport, on ne vise pas une douleur à zéro avant de reprendre, mais on ne force pas non plus à travers une douleur qui s'aggrave : une gêne légère qui redescend vite est un repère acceptable, une douleur qui monte ou dure ne l'est pas. Il n'existe pas d'exercice miracle : le meilleur programme est celui que vous tiendrez.
Les ceintures n'ont pas montré de bénéfice pour prévenir la lombalgie (preuves de faible qualité). Quelques jours pendant une crise, certaines personnes se sentent rassurées. Mais le port prolongé n'est pas recommandé : votre dos a surtout besoin de bouger et de se renforcer, pas d'être remplacé par un corset.
Je commence par un bilan : votre histoire, ce qui a déclenché la crise, ce qui aggrave ou soulage la douleur, et surtout l'écoute des signes d'alerte pour m'assurer qu'aucun avis médical urgent n'est nécessaire. J'explique ce qui se passe dans votre dos, pour que la peur diminue, car elle entretient souvent la douleur. Nous définissons ensemble ce que vous pouvez garder, ce qu'il faut réduire temporairement, et comment remonter. Je construis ensuite un programme d'exercices à votre mesure, avec une montée en charge adaptée à votre travail et à votre sport. La thérapie manuelle peut compléter l'ensemble pour apaiser et faciliter le mouvement, jamais seule. Je peux aussi vous suivre en téléconsultation entre deux séances. Pour la suite, voyez la première séance.
Un lumbago ordinaire ne s'accompagne pas de ces signes. Consultez un médecin rapidement, voire aux urgences, si vous observez :
En cas de doute, mieux vaut un avis médical de trop qu'un avis manqué.
Si rien de tout cela ne vous concerne, vous avez de bonnes raisons de rester confiant : votre dos est solide, et il va retrouver sa mobilité si vous l'y aidez par des doses bien choisies.
Pas longtemps. Ménager son dos quelques heures ou une journée quand la douleur est vive est compréhensible, mais le repos prolongé n'aide pas davantage. En cas de lombalgie aiguë, rester actif donne de petits bénéfices par rapport au repos au lit. Marchez quelques minutes, changez de position, évitez ce qui aggrave nettement la douleur, et augmentez peu à peu.
Souvent, oui. Les recommandations de l'American College of Physicians citent la chaleur superficielle comme option non médicamenteuse pour la lombalgie aiguë, avec un niveau de preuve modéré. Elle apaise sans guérir. Protégez votre peau d'une brûlure, et utilisez-la pour faciliter le mouvement plutôt que pour rester immobile.
Dans la plupart des cas, pas au début. Les images du dos montrent surtout l'âge : une dégénérescence de disque est présente chez 37 % des personnes de 20 ans sans douleur, et chez 96 % de celles de 80 ans. L'imagerie est utile en cas de signe d'alerte, d'évolution défavorable ou de projet de chirurgie ou d'infiltration. C'est votre médecin qui en décide.
C'est possible, et je préfère vous le dire franchement. Les récidives sont fréquentes, et une partie des personnes gardent un peu de douleur un an après. Ce qui semble réduire le risque d'un nouvel épisode, c'est l'exercice, seul ou associé à de l'éducation. Un dos entraîné et une activité régulière sont vos meilleurs alliés.
Pour la prévention, les ceintures n'ont pas montré de bénéfice. Quelques jours pendant une crise, elle peut vous rassurer, mais je déconseille le port prolongé. Votre dos a surtout besoin de bouger et de se renforcer par paliers. Si vous hésitez, parlez-en lors du bilan, nous verrons ce qui a du sens pour vous.
Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis médical personnalisé.
Si cet article parle de votre situation, nous pouvons faire le point ensemble. Lombalgie et douleurs du dos.

Augustin Castel
Kinésithérapeute du sport à Woluwe-Saint-Lambert (Bruxelles). Je m'appuie sur les preuves scientifiques pour vous aider à comprendre et à reprendre vos activités. En savoir plus
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