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Science1 mars 2026·6 min de lecture

Exercice thérapeutique et tendinopathie : ce que montrent les essais

Par Augustin Castel, kinésithérapeute du sport

L'essentiel

  • L'exercice reste le traitement de première intention (guideline et revues) ; aucune modalité d'exercice n'a démontré sa supériorité de façon convaincante.
  • Les différences entre protocoles reposent surtout sur des preuves de faible ou très faible certitude : l'adhésion, la tolérance et la progression pèsent probablement autant que le choix du protocole.
  • L'isométrique soulage à court terme chez certains patients ; ce n'est pas démontré comme un traitement de fond.
  • Poursuivre une activité adaptée, avec suivi de la douleur, n'a pas été inférieur au repos actif dans un petit essai sur l'Achille.

« L'exercice est le traitement de première intention de la tendinopathie. » La phrase fait consensus, mais elle cache les questions qui comptent en clinique : quel exercice, quelle dose, quelle progression, et sur quelle durée avant de conclure à un échec ? Entre confrères, voici ce que l'on peut affirmer, et ce que l'on ne peut pas.

En bref : l'exercice est recommandé, mais les comparaisons entre protocoles reposent sur peu de preuves solides. Pas de protocole universel : on choisit ce que le patient tolère, ce qu'il fera avec constance, et on progresse de façon systématique. Aucun complément n'a clairement fait mieux que l'exercice seul.

Ce que disent les revues et la guideline

La revue systématique vivante avec méta-analyse en réseau de Challoumas et al. (2023) porte sur 68 essais randomisés dans la tendinopathie d'Achille, la tendinopathie rotulienne et le syndrome douloureux du grand trochanter. Ses conclusions sont instructives :

  • Toutes les comparaisons deux à deux montrant des différences statistiquement et cliniquement significatives reposaient sur des preuves de faible ou très faible certitude.
  • Avec une preuve de certitude modérée, l'ajout d'ondes de choc à l'exercice excentrique dans la tendinopathie rotulienne n'apportait pas de bénéfice à court terme sur la douleur ou le VISA-P.
  • Le renforcement lent apparaît prometteur, mais sur des preuves de faible ou très faible certitude.
  • Aucun complément, seul ou associé à l'exercice, n'a convaincu d'être supérieur à l'exercice seul. Les auteurs recommandent l'exercice en monothérapie pendant au moins 3 mois avant d'envisager un adjuvant.

La guideline néerlandaise sur la douleur antérieure de genou (Ophey et al., 2025) va dans le même sens pour la tendinopathie rotulienne : commencer par l'exercice thérapeutique, n'envisager d'autres traitements conservateurs qu'en l'absence de changement cliniquement pertinent après 12 semaines, réserver la chirurgie ouverte à des cas très spécifiques. Les auteurs précisent que la certitude des preuves sur l'exercice est « faible » à « très faible » ; le panel le recommande néanmoins comme stratégie principale.

Ces résultats se lisent ensemble : l'exercice est la bonne option par défaut, mais « bonne » ne veut pas dire « précisément documentée ».

Quel exercice ? Les comparaisons directes

Lourd et lent contre excentrique

Dans l'essai de Beyer et al. (2015, 58 patients atteints de tendinopathie d'Achille portion moyenne chronique), le renforcement lourd et lent (HSR) et l'entraînement excentrique ont donné des améliorations équivalentes du VISA-A et de la douleur à 12 semaines, maintenues à 52 semaines. La différence portait sur la satisfaction (tendance en faveur de l'HSR à 12 semaines, non significative) et sur l'observance : environ 92 % des séances réalisées avec l'HSR contre 78 % avec l'excentrique, une différence significative.

À retenir : sur ce critère d'efficacité, les deux se valent. Ce qui change, c'est la facilité à les tenir dans la durée. C'est un argument pratique, pas une démonstration de supériorité du HSR.

Le tendon rotulien

Kongsgaard et al. (2009, 39 patients) ont comparé injections de corticoïde, excentrique sur plan incliné et HSR dans la tendinopathie rotulienne. Les trois groupes s'amélioraient à 12 semaines. Le bénéfice se maintenait à six mois avec l'excentrique et l'HSR, mais se dégradait dans le groupe corticoïde. Les auteurs concluent à un bon effet à court terme mais médiocre à long terme du corticoïde, et à de bons effets de l'HSR à court et long terme. L'étude est petite et ne comprenait que des hommes.

L'isométrique : analgésie, pas démonstration de fond

Rio et al. (2017) ont comparé chez 20 athlètes de sauts en saison, atteints de tendinopathie rotulienne, des contractions isométriques et isotoniques des quadriceps. Les deux protocoles réduisaient la douleur, mais l'isométrique donnait une analgésie immédiate significativement supérieure ; une réponse précoce plus marquée était corrélée à une meilleure amélioration du VISA-P à 4 semaines. Les auteurs suggèrent que ce soulagement peut faciliter la charge. L'échantillon est petit : l'isométrique est un outil utile pour reprendre confiance et charger, pas un traitement démontré comme supérieur à long terme.

Dose, douleur et activité : que dit-on réellement ?

La question de la douleur pendant l'exercice est la plus souvent mal comprise en clinique, et la littérature est plus modeste que les slogans.

Dans l'essai de Silbernagel et al. (2007, 38 patients atteints de tendinopathie d'Achille), un groupe pouvait poursuivre la course et les sauts en s'aidant d'un modèle de suivi de la douleur, tandis que l'autre devait les arrêter pendant 6 semaines (repos actif). Les deux groupes suivaient le même programme de renforcement et s'amélioraient de façon significative, sans différence entre eux ; aucun effet négatif de la poursuite de l'activité n'a été démontré. L'étude est petite et ne permet pas de conclure qu'on peut toujours poursuivre ; elle montre qu'une activité adaptée n'a pas été inférieure ici.

Le suivi à 5 ans d'une série de cas (Silbernagel et al., 2011, 34 patients traités par exercice seul, niveau de preuve 4) rapporte que 27 patients (80 %) avaient entièrement récupéré, dont 5 avec une nouvelle poussée de symptômes ; 7 avaient des symptômes persistants. La kinésiophobie était négativement corrélée à la récupération du travail en élévation sur pointe, d'où la recommandation des auteurs d'utiliser un modèle de suivi de la douleur. Il s'agit d'une série de cas sans groupe contrôle.

Message pratique : ni repos prolongé, ni passer outre la douleur. On réduit ce qui irrite le plus, on garde ce qui est toléré, on renforce, on remonte par paliers, en s'appuyant sur la réaction du tendon dans les 24 heures suivant l'exercice.

Structure du tendon et pronostic

Le modèle de continuum de Cook et Purdam a longtemps structuré le raisonnement. Dans leur révision (Cook et al., 2016), les auteurs reconnaissent que classer une tendinopathie sur la structure alors qu'il s'agit principalement d'un problème de douleur a été contesté, et que l'interaction entre structure, douleur et fonction reste mal comprise. La structure peut guider la dose et le choix des exercices, mais ne détermine pas le pronostic à elle seule.

Ce que je fais au cabinet

  1. Bilan : histoire, charges récentes, tendon concerné, tests de provocation, exclusion de diagnostics différentiels (douleur référée du rachis, par exemple).
  2. Éducation et gestion de la charge : identifier le facteur irritant, le réduire temporairement, garder le reste, puis augmenter par paliers.
  3. Exercice : isométrique pour calmer quand c'est utile ; renforcement lourd et lent comme cœur du programme ; puis charges plus dynamiques (sauts, course, lancers) selon le sport. Le choix tient compte de la tolérance, de l'observance et de la préférence du patient, faute de protocole supérieur démontré.
  4. Suivi de la réaction à 24 heures pour ajuster la dose.
  5. Horizon réaliste : au moins 3 mois d'exercice régulier avant de juger de l'échec (Challoumas, Ophey), avec avis spécialisé si l'évolution est atypique.
  6. Thérapie manuelle en complément, si elle soulage, sans en faire un pivot.

Pour la version destinée aux patients, voir la page tendinopathie. Si vous souhaitez approfondir ces sujets, mes formations Tendinopathie 2.0, Tendinopathie d'Achille 2.0 et Kinéathlétisation couvrent le raisonnement clinique et la progression de la charge.

Ce qui reste ouvert

  • Le dosage idéal (intensité, volume, fréquence) dans chaque localisation : les preuves directes sont minces.
  • La place exacte de l'isométrique dans un programme de fond.
  • Les tendinopathies hors membre inférieur : la revue de Challoumas et al. ne porte que sur l'Achille, le tendon rotulien et le grand trochanter.
  • Le rôle des facteurs non mécaniques (peur du mouvement, sommeil, contexte), suggéré par la série de cas sur l'Achille mais non démontré par essai.

Questions fréquentes

Existe-t-il un protocole d'exercice supérieur aux autres ?

Pas de façon convaincante. La méta-analyse en réseau de Challoumas et al. (68 essais) conclut que les différences observées entre interventions reposent sur des preuves de faible ou très faible certitude. Dans l'essai de Beyer (Achille), HSR et excentrique donnent des résultats équivalents, avec une meilleure observance pour l'HSR.

Combien de temps faut-il avant de juger l'échec de l'exercice ?

Challoumas et al. recommandent au moins 3 mois d'exercice en monothérapie avant d'envisager un adjuvant. La guideline néerlandaise sur le genou antérieur retient un seuil de 12 semaines pour la tendinopathie rotulienne. Ce sont des repères, à moduler selon le contexte et l'adhésion.

Peut-on laisser le patient poursuivre son sport ?

Dans un petit essai sur l'Achille (Silbernagel 2007, 38 patients), poursuivre la course et les sauts avec un suivi de la douleur n'a pas été inférieur à l'arrêt pendant 6 semaines. On ne peut pas généraliser : on adapte le volume et l'intensité à la réaction du tendon.

Les ondes de choc ou les infiltrations apportent-elles quelque chose ?

Pas de bénéfice démontré en plus de l'exercice. Les ondes de choc n'ont pas apporté de bénéfice à court terme dans la tendinopathie rotulienne (certitude modérée). Le corticoïde s'est montré efficace à court terme mais décevant à long terme dans l'essai de Kongsgaard (tendon rotulien).

Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis médical personnalisé.

Aller plus loin

Mes formations en ligne approfondissent ces sujets, avec des cas cliniques et des outils applicables au cabinet.

Augustin Castel, kinésithérapeute du sport

Augustin Castel

Kinésithérapeute du sport à Woluwe-Saint-Lambert (Bruxelles). Je m'appuie sur les preuves scientifiques pour vous aider à comprendre et à reprendre vos activités. En savoir plus

SourcesRéférences scientifiques (8)
  1. Challoumas D, Crosbie G, O'Neill S, et al. Effectiveness of exercise treatments with or without adjuncts for common lower limb tendinopathies: a living systematic review and network meta-analysis. Sports Med Open. 2023;9(1):71. PubMed
  2. Ophey M, Koëter S, van Ooijen L, et al. Dutch multidisciplinary guideline on anterior knee pain: patellofemoral pain and patellar tendinopathy. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc. 2025;33(2):457-69. PubMed
  3. Beyer R, Kongsgaard M, Hougs Kjær B, et al. Heavy slow resistance versus eccentric training as treatment for Achilles tendinopathy: a randomized controlled trial. Am J Sports Med. 2015;43(7):1704-11. PubMed
  4. Kongsgaard M, Kovanen V, Aagaard P, et al. Corticosteroid injections, eccentric decline squat training and heavy slow resistance training in patellar tendinopathy. Scand J Med Sci Sports. 2009;19(6):790-802. PubMed
  5. Rio E, van Ark M, Docking S, et al. Isometric contractions are more analgesic than isotonic contractions for patellar tendon pain: an in-season randomized clinical trial. Clin J Sport Med. 2017;27(3):253-9. PubMed
  6. Silbernagel KG, Thomeé R, Eriksson BI, Karlsson J. Continued sports activity, using a pain-monitoring model, during rehabilitation in patients with Achilles tendinopathy: a randomized controlled study. Am J Sports Med. 2007;35(6):897-906. PubMed
  7. Silbernagel KG, Brorsson A, Lundberg M. The majority of patients with Achilles tendinopathy recover fully when treated with exercise alone: a 5-year follow-up. Am J Sports Med. 2011;39(3):607-13. PubMed
  8. Cook JL, Rio E, Purdam CR, Docking SI. Revisiting the continuum model of tendon pathology: what is its merit in clinical practice and research? Br J Sports Med. 2016;50(19):1187-91. PubMed

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