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Cheville1 octobre 2026·6 min de lecture

Entorse de cheville : que faire dans les premiers jours ?

Par Augustin Castel, kinésithérapeute du sport

L'essentiel

  • Dans les premiers jours, on protège la cheville sans l'immobiliser : on marche dans la mesure de la douleur, en dosant la distance et la vitesse.
  • La glace peut soulager, mais elle ne fait pas cicatriser les ligaments. Le mouvement dosé compte davantage que le repos.
  • Une radio n'est pas systématique : elle dépend de quelques critères simples (les règles d'Ottawa).
  • Une cheville qui ne fait plus mal n'est pas forcément fiable : la force et l'équilibre se retravaillent, et la reprise du sport se décide sur des critères.

Vous avez posé le pied de travers, la cheville a tourné, et deux heures plus tard elle ressemble à une balle de tennis. Que faire maintenant : mettre de la glace, ne plus poser le pied, aller aux urgences ?

La réponse courte : dans la plupart des entorses, on protège la cheville quelques jours, on reprend l'appui et la marche dans la mesure de la douleur (sans forcer), on gère le gonflement, puis on retravaille la force et l'équilibre, même quand la douleur a disparu. Une radio ou un avis médical s'imposent dans quelques situations précises, détaillées plus bas.

Les 24 à 72 premières heures : protéger, sans tout arrêter

Une entorse, c'est un ou plusieurs ligaments étirés au-delà de ce qu'ils supportent, parfois partiellement déchirés. Les ligaments sont de solides bandes qui guident l'articulation. Au début, la cheville est irritée : elle gonfle, elle est sensible, et elle supporte moins bien la charge qu'à l'habitude.

Deux erreurs fréquentes : continuer comme si de rien n'était, ou ne plus poser le pied pendant des jours. Une courte période de protection peut soulager la douleur et le gonflement, mais les revues de la littérature soutiennent la mobilisation précoce, c'est-à-dire reprendre l'appui et le mouvement tôt.

Concrètement, on dose :

  • on marche, avec des petits pas et sur des distances courtes, en s'arrêtant avant que la douleur ne monte nettement ;
  • on évite le sport, les terrains irréguliers et les pivots tant que la cheville est très sensible ;
  • on surveille le lendemain : si la douleur et le gonflement sont nettement plus importants qu'avant l'activité, c'était trop, et on réduit la dose ;
Une douleur modérée qui se calme dans l'heure ou le soir même est un repère utile. Une douleur qui grimpe, qui boite ou qui réveille la nuit est un signal pour lever le pied et dire à un professionnel ce qui se passe.

Glace, repos, compression : que dit vraiment la science ?

Vous avez peut-être appris le sigle « repos, glace, compression, élévation ». Plus récemment, deux cliniciens ont proposé les sigles PEACE & LOVE : protéger au début, surélever, éviter de s'en remettre aux anti-inflammatoires, comprimer, informer ; puis, après les premiers jours, mettre la charge progressivement, garder une attitude positive, soutenir la circulation par l'activité, et faire des exercices. Soyons honnêtes : c'est un éditorial d'experts, pas la preuve que chaque élément change l'évolution.

Ce qu'on peut dire sans trop se tromper :

  • La glace peut soulager un moment, mais ce n'est pas elle qui fait cicatriser les ligaments. Si elle vous fait du bien, vous pouvez en mettre, par intervalles courts et jamais directement sur la peau.
  • La surélévation et une compression légère aident souvent à gérer le gonflement et sont sans risque, tant qu'elles restent confortables.
  • Les anti-inflammatoires : la littérature est partagée. Certaines synthèses retrouvent un bénéfice sur la douleur, tandis que les recommandations demandent de la prudence, car ils ne sont pas sans effets indésirables et pourraient gêner la cicatrisation naturelle. Demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien.
  • Le repos prolongé n'est pas recommandé : il ne fait pas mieux que le mouvement dosé.

Faut-il faire une radio ?

Pas systématiquement. Les médecins s'appuient sur les règles d'Ottawa, un outil simple pour repérer les cas où une fracture est possible. En langage courant, une radio est proposée si, juste après l'accident (et au moment de l'examen) :

  1. vous ne pouvez pas faire quatre pas de suite en portant votre poids, même en boitant ;
  2. ou une zone osseuse précise est douloureuse quand on appuie dessus : la pointe de l'os arrondi de chaque côté de la cheville, la base de l'os du petit côté du pied, ou l'os situé sur le bord interne du milieu du pied.

Ces règles repèrent presque toutes les fractures : si elles sont négatives, une fracture est très improbable. En contrepartie, elles font parfois passer une radio qui n'était pas nécessaire. Et la radio montre les os, pas les ligaments : une radio normale n'est donc pas la preuve que « ce n'est rien ».

Dernier point : la gravité d'une entorse se juge souvent mieux quelques jours après l'accident, quand le gonflement a un peu diminué, que le jour même.

Attelle, strapping, orthèse : à quoi servent-ils ?

Après une entorse récente, les recommandations indiquent que l'association d'un soutien (bande adhésive, strapping, orthèse ou attelle semi-rigide) et d'un programme d'exercices est plus avantageuse que l'immobilisation seule. Le soutien rassure et protège pendant que vous reprenez le mouvement.

Pour limiter le risque de se retordre la cheville ensuite, les orthèses sont l'une des mesures les mieux soutenues. Elles ne remplacent pas le travail de force et d'équilibre : elles l'accompagnent. Le choix dépend de votre sport et de votre confort. Dans certaines entorses plus rares (entorse haute, atteinte du milieu du pied), un médecin peut prescrire une vraie protection : on suit alors son avis.

Pourquoi une cheville qui ne fait plus mal n'est pas forcément fiable

Imaginez que le contrôle de votre cheville est un pilote automatique qui corrige la position du pied des milliers de fois par jour. Après une entorse, les ligaments cicatrisent, mais ce pilote automatique a été perturbé : des capteurs ont été touchés, les muscles réagissent un peu plus lentement, la confiance baisse. La douleur disparaît souvent avant que ce réglage fin soit revenu.

C'est ce qui explique que certaines personnes gardent une cheville qui « lâche » ou se tord à répétition : on parle d'instabilité chronique. La plupart des gens voient leurs symptômes se résoudre, mais une partie garde des sensations d'instabilité, et le risque de nouvelle entorse est réel.

La bonne nouvelle : les exercices de rééducation (force, équilibre) réduisent le risque de nouvelle blessure. Les études montrent surtout un effet visible sur plusieurs mois. En revanche, le contenu idéal du programme (quels exercices, combien de temps) n'est pas encore établi : c'est un domaine où la littérature reste incomplète.

Le bon moment pour commencer ? Dès que la douleur le permet, souvent dans les premiers jours, avec des mouvements doux, puis une montée progressive. Le parcours complet est décrit sur la page entorse de cheville et du pied.

Reprendre le sport : sur des critères, pas sur une date

Pour une entorse légère, on parle souvent de quelques semaines ; pour une entorse plus sévère, de plusieurs semaines à quelques mois. Cela dépend de la gravité, de votre sport et de la façon dont la cheville répond.

Plutôt que la date, je regarde des critères :

  • vous marchez normalement, sans boiter ni appréhension ;
  • la cheville est stable et solide sur une jambe, des deux côtés de façon comparable ;
  • l'équilibre sur une jambe est bon, y compris yeux fermés ou sur un support instable ;
  • les sauts, les réceptions et les changements de direction passent sans douleur ni crainte ;
  • la reprise a eu lieu par paliers (marche rapide, course, accélérations, pivots), avec un repère du lendemain à chaque étape.

Ce que je fais au cabinet

Je commence par un bilan : mécanisme de l'accident, zones douloureuses, mobilité, stabilité, capacité d'appui. Il m'aide à repérer les cas où une radio ou un avis médical s'impose. Ensuite, nous remettons la cheville en mouvement de façon dosée, puis nous travaillons mobilité, force et surtout équilibre. La thérapie manuelle peut compléter pour soulager, sans remplacer les exercices. Je vous explique le choix d'un soutien et je construis avec vous la reprise du sport par paliers, en gérant la charge. Un suivi en téléconsultation est possible. Si vous voulez savoir comment cela se passe, voyez la première séance.

Quand consulter rapidement

Consultez un médecin, ou les urgences, sans attendre si :

  • vous ne pouvez pas faire quatre pas en portant votre poids ;
  • une zone osseuse est vraiment douloureuse quand on appuie dessus (pointe des chevilles, bord externe ou interne du pied) ;
  • le pied ou la cheville paraît déformé, déplacé, ou le milieu du pied est très gonflé ;
  • vous avez un engourdissement, un pied froid ou pâle, ou une douleur de mollet avec chaleur et rougeur ;
  • la douleur, le gonflement ou l'instabilité ne s'améliorent pas au fil des semaines.

Dans les autres cas, une entorse évolue bien, et nous pouvons préparer ensemble une reprise confiante de vos activités.

Questions fréquentes

Puis-je marcher sur une cheville foulée dès le premier jour ?

Dans la plupart des entorses latérales, oui, dans la mesure de la douleur : petits pas, distances courtes, sans forcer. Si la douleur et le gonflement sont nettement plus importants le lendemain, c'était trop, et on réduit la dose. Si vous ne pouvez pas faire quatre pas ou si un os est douloureux à la pression, il faut d'abord un avis médical.

La glace est-elle vraiment utile pour une entorse ?

Elle peut soulager un moment, mais elle ne fait pas cicatriser les ligaments et son effet sur la guérison n'est pas démontré. Si elle vous fait du bien, utilisez-la en intervalles courts, jamais directement sur la peau. Le mouvement dosé, la surélévation et une compression légère ont autant, voire davantage, d'intérêt.

Une radio est-elle nécessaire après chaque entorse ?

Non. Le médecin s'appuie sur les règles d'Ottawa : une radio est proposée si vous ne pouvez pas faire quatre pas ou si des zones osseuses précises sont douloureuses à la pression. Ces règles repèrent presque toutes les fractures, mais elles font parfois passer une radio inutile. Une radio ne montre pas les ligaments.

Dois-je porter une attelle ou faire du strapping ?

Après une entorse récente, un soutien associé à des exercices est plus avantageux que l'immobilisation seule. Les orthèses font aussi partie des mesures les mieux soutenues pour limiter les récidives. Elles ne remplacent pas le travail de force et d'équilibre. Le choix dépend de votre sport et de votre confort.

Ma cheville ne fait plus mal : puis-je arrêter la rééducation ?

La douleur disparaît souvent avant que le contrôle de la cheville soit revenu. Or c'est ce contrôle, la force et l'équilibre qui protègent d'une nouvelle entorse. Les exercices réduisent le risque de récidive, avec un effet surtout visible sur plusieurs mois. Mieux vaut valider la reprise sur des critères que sur l'absence de douleur.

Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis médical personnalisé.

Un premier bilan pour y voir clair

Si cet article parle de votre situation, nous pouvons faire le point ensemble. Entorse de cheville et du pied.

Augustin Castel, kinésithérapeute du sport

Augustin Castel

Kinésithérapeute du sport à Woluwe-Saint-Lambert (Bruxelles). Je m'appuie sur les preuves scientifiques pour vous aider à comprendre et à reprendre vos activités. En savoir plus

SourcesRéférences scientifiques (8)
  1. Vuurberg G, Hoorntje A, Wink LM, et al. Diagnosis, treatment and prevention of ankle sprains: update of an evidence-based clinical guideline. Br J Sports Med. 2018;52(15):956. PubMed
  2. Martin RL, Davenport TE, Fraser JJ, et al. Ankle Stability and Movement Coordination Impairments: Lateral Ankle Ligament Sprains Revision 2021. J Orthop Sports Phys Ther. 2021;51(4):CPG1-CPG80. PubMed
  3. Doherty C, Bleakley C, Delahunt E, Holden S. Treatment and prevention of acute and recurrent ankle sprain: an overview of systematic reviews with meta-analysis. Br J Sports Med. 2017;51(2):113-125. PubMed
  4. Bleakley CM, Taylor JB, Dischiavi SL, et al. Rehabilitation Exercises Reduce Reinjury Post Ankle Sprain, But the Content and Parameters of an Optimal Exercise Program Have Yet to Be Established: A Systematic Review and Meta-analysis. Arch Phys Med Rehabil. 2019;100(7):1367-1375. PubMed
  5. Delahunt E, Bleakley CM, Bossard DS, et al. Clinical assessment of acute lateral ankle sprain injuries (ROAST): 2019 consensus statement and recommendations of the International Ankle Consortium. Br J Sports Med. 2018;52(20):1304-1310. PubMed
  6. Beckenkamp PR, Lin CC, Macaskill P, et al. Diagnostic accuracy of the Ottawa Ankle and Midfoot Rules: a systematic review with meta-analysis. Br J Sports Med. 2017;51(6):504-510. PubMed
  7. Gomes YE, Chau M, Banwell HA, et al. Diagnostic accuracy of the Ottawa ankle rule to exclude fractures in acute ankle injuries in adults: a systematic review and meta-analysis. BMC Musculoskelet Disord. 2022;23(1):885. PubMed
  8. Dubois B, Esculier JF. Soft-tissue injuries simply need PEACE and LOVE. Br J Sports Med. 2020;54(2):72-73. PubMed

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